Pour présenter l’Humanité à l’Humanité

Au début des années 80, j’étais « TV producer » dans une agence de publicité à Paris où nous croyions parfois faire partie des plus grands communicateurs au monde.  Les termes « village global » et« communication internationale» étaient sur toutes les lèvres alors. Les avancées technologiques ainsi que la capacité de voyager étaient de plus en plus à la portée de tous. Mes vacances, consistaient à visiter le monde afin de voir,connaître et découvrir. Pendant l’une de ces vacances j’étais allée au Sri Lanka où mon ami Jean avait un contrat de six mois. Je pris le temps et allai en solitaire visiter les Îles Maldives où il est possible de jouer à « enfin seule sur une île déserte» et s’imaginer pour un moment que l’on a fui le monde. Un jeu que j’aime tant ! 

J’avais loué, avec un jeune homme belge rencontré sur place, un bateau de pêcheur ainsi que son marin. C’était simple : le midi nous trouvions une île habitée pour nous nourrir et le soir une île déserte pour dormir. Nous n’avions pas peur du soleil, des tsunamis, des terroristes ni des violeurs ; le monde était à nous et il serait, nous en étions convaincus, de plus en plus beau et gentil. J’apprenais à reconnaître ma liberté; pourtant, j’allais découvrir que le monde n’appartenait pas aux femmes. Un jour, alors que je faisais le tour d’une des petites îles de sable à l’heure où tous cherchent l’ombre pour se reposer et que tout est calme, je pris conscience qu’une jeune fille me suivait et m’épiait tout en se cachant derrière les palmiers et les cocotiers. Je faisais semblant ne pas m’en rendre compte, la laissant à sa curiosité. Il est bien difficile de ne pas être vu dans ces petites îles. J’avais même réussi à surprendre sous la lune des femmes obligées de se cacher pour prendre un bain tout habillées. J’apprenais à reconnaître ma liberté. 

De retour sur la plage où nous attendait le voilier, là où il n’y avait plus de cocotiers pour jouer à la cachette, nos regards se croisèrent. En quelques secondes, entre cette jeune fille et moi, il y eut une longue conversation muette et remplie de questions. Comment se fait-il que nous sommes toutes deux sur la planète terre et si ignorantes de nos vies respectives ? Comment pouvais-je être source de curiosité? 

Que deviendras-tu dans cette petite île? lui demandait mon regard.

 D’où viens-tu? Où vas-tu? me disait le sien. 

J’ai emporté avec moi sa question et depuis je n’ai cessé d’y répondre. Cette jeune fille ne saura jamais l’importance que son regard inquisiteur et curieux a eu sur ma vie. Il fut l’un des déclencheurs qui ont guidé ma pensée vers cette question : « Comment se fait-il, qu’en marche vers le 21e siècle, sans doute plus de 80% des gens viennent encore au monde sur terre et y meurent sans avoir la moindre idée de l’endroit où ils sont passés dans l’univers, ne sachant même pas avec qui ils ont partagé la planète? » 

Lors de la sortie du premier volume « Les Amériques et les Caraïbes » à Paris

La question revenait sans cesse. Je me réveillais la nuit et j’essayais de m’imaginer la vie quotidienne dans les autres pays et je n’y arrivais pas. Je me retrouvais devant ma propre ignorance. Je pensai alors que le plus grand et le plus beau défi des communications internationales était que dès notre arrivée sur terre, nous tous citoyens du monde, ayons accès à l’information primordiale qui nous enseigne avec qui nous partageons la planète. Que chaque enfant puisse recevoir un présent contenant ces mots : «Bienvenue, tu viens d’arriver sur la planète terre, voilà où elle est dans l’univers, voilà où tu es sur cette planète et voilà ceux avec qui tu partageras le temps passé ici. Tu commences ton aventure terrestre. »  

Très naïvement, je décidai de chercher le moyen et l’outil pour présenter l’Humanité à l’Humanité. En regroupant hommes, femmes et enfants, j’ai choisi de révéler la vie quotidienne des familles. 

C’est ainsi que j’ai tracé ma piste sur les routes du monde. J’ai aujourd’hui vécu dans les familles de 116 différents pays et je crois que, malgré les technologies dorénavant accessibles, le défi de communication que je me suis donné il y a 30 ans, reste encore à relever. Mon angoisse existentielle, hantée par ces questions «Qui nous sommes au juste? Où sommes-nous situés dans l’univers ? Avec qui partageons-nous la planète bleue? » est devenue le moteur de mon action. Je vais un peu plus loin maintenant et je demande que l’accès à cette information soit reconnu et revendiqué pour les milliards de citoyens du monde que nous sommes.

Alors seulement pourrons-nous clamer haut et fort qu’il faut être bons envers les autres et prendre soin de notre planète. Aujourd’hui, nous allons à travers le monde en déclarant qu’il est urgent de le faire; plusieurs ont même peur qu’il soit trop tard. On crie : « sauvons la planète»  car nous n’osons pas crier : « sauvons l’Humanité». Pourtant, tel est bien l’enjeu fondamental. La majorité de l’humanité n’a encore aucune idée de ce dont on parle et ne comprend pas la panique que suscite cette menace. Se préoccuper de la fin de la planète et de l’humanité est peut-être ardu quand on n’a aucune idée du début de notre aventure humaine et de son envergure ?  

Avec les années je réalise comment il est important, pour apprendre à se connaître,  de savoir d’où l’on vient. Quand je regarde mes familles sur  le site Let’s meet on earth  je réalise que déjà certains ont oublié ce qu’était l’humanité quand j’ai commencé ce projet. Je trouve que cela équivaut à « vivre dangereusement. » 

Dans la  demande de participer financièrement que vous voyez sur le site, c’est en grande partie pour assurer une technologie qui me permettra de présenter le contenu aux étudiants afin qu’ils n’oublient jamais de qui on parle quand nous parlons de l’Humanité. 

Merci de me suivre patiemment dans cette longue aventure.  Merci aussi de contribuez.

Hélène

Visiting the families of Europe

C’est une aventure, c’est un éveil et c’est humain